Dieulivol paroisse mentionnée dès le XIIIe siècle


Les troubles en Guyenne au XIIIe siècle

L’histoire de Dieulivol est très mal documentée par les textes. Il est fait mention pour la première fois de la paroisse en 1274. A cette époque la Guyenne était une possession anglaise. En 1137, la fille aînée du duc d’Aquitaine Guillaume X,  Aliénor, avait épousé le futur roi de France Louis VII. Le duché devint alors lié à la couronne de France mais cette union fut rompue en 1153. La même année Aliénor épousa Henri Plantagenêt comte d’Anjou et duc de Normandie. Le roi de France refusa cette union et cita Henri Plantagênet devant sa cour. Il prononça la confiscation de ses fiefs. L’année suivante, Henri Plantagênet accéda au trône d’Angleterre. Ce fut alors le commencement d’une longue rivalité entre Anglais et Français que Camille Jullian dans sa monumentale Histoire de Bordeaux[1] résume en ces termes :

« En tous cas, quand bien même Aliénor n’eut point divorcé, je doute que l’Aquitaine se fût paisiblement ou rapidement assimilée à la France. Cette assimilation aurait demandé des siècles de travail, et peut-être plus d’une guerre. [L’Aquitaine] avait ses traditions particulières, ses saints, ses martyrs, ses villes religieuses. Elle avait ses mœurs, sa langue, ses légendes, et déjà ses poètes. Au XIe siècle, la France s’arrêtait encore à la Dordogne, Gascons et Français avaient une haine héréditaire. Il y avait entre eux  la même incompatibilité d’humeur qu’entre Louis VII et Aliénor (...) La domination anglaise sera surtout pour l’Aquitaine un épisode de sa lutte contre les Français du Nord, et un moyen de la prolonger. »

Henri Plantagenêt - qui régna sous le nom de Henri II - prêta hommage au roi de France en février 1156. Il vint ensuite à Bordeaux pour recevoir l’hommage de ses vassaux aquitains et gascons. La  noblesse du pays était réputée « belliqueuse et de foi instable ». Le vicomte de Bezeaumes devint donc un vassal du roi d’Angleterre. A la mort de Henri II, en 1189,  Richard Cœur de Lion son fils devint roi-duc et Aliénor gouverna le duché avec les sénéchaux. A la mort de Richard, en 1199, c’est son frère Jean sans Terre qui lui succéda.

Au XIIIe siècle le roi d’Angleterre essaya de préserver, tant bien que mal, l’existence de son fief gascon. Sous le règne de Henri III (1216-1272) la guerre reprit. Louis VII fit avancer ses troupes par Saint-Emilion, La Réole, Bazas… Voilà ce qu’écrit Camille Jullian :

« Henri III perdit la Saintonge ; les Français menacèrent Blaye, apparurent presque aux portes de Bordeaux. Mais les Bordelais refusèrent de les ouvrir et achevèrent à grands frais et à grand hâte les nouveaux remparts de la cité. Ils concluaient vers le même temps des traités d’alliance offensive et défensive avec La Réole, alors cité florissante, et les deux villes s’engageaient l’une envers l’autre à demeurer fidèles à l’Angleterre. Cette fidélité, on le voit, était pour elles, non pas un acte d’obéissance, mais l’assentiment de leur libre arbitre.

Quant aux agents du roi, sénéchal et prévôt, ils étaient à Bordeaux même, impuissants et inactifs. Ils se vengeaient sur les étrangers et les gens de la campagne, traitant le Bordelais en pays conquis (…) »

Bordeaux était en proie à des soubresauts, une véritable guerre civile s’y livrait opposant les partisans de deux factions : les Soler et les Colom pour le contrôle de la ville. Des dissensions semblables existaient dans d’autres cités comme Bazas, Castillon ou La Réole…

Après la défaite de Taillebourg (1242) les seigneurs Gascons « s’empressaient autour [du roi] quand il était présent et (…) méprisaient son autorité quand il était loin, profitant alors de l’indépendance presque absolue que leur procurait l’éloignement du suzerain pour se quereller, se combattre et se détruire (…) Bertrand de Bouville, Bernard de Podensac et Guillaume Seguin de Rions promenèrent l’incendie sur les terres les uns des autres (…) »[2]

Selon Camille Jullian : « En 1248, l’autorité du roi n’existait ni dans la ville [de Bordeaux], ensanglantée par les bourgeois, ni dans le pays pillé par les seigneurs. Il fallut enfin aviser. [Henri III] confia à son beau- frère, Simon de Montfort, comte de Leicester[3], la garde de la Gascogne ; il lui abandonna tous les droits souverains, lui recommandant de traiter le pays rudement et durement : les lettres que reçut Simon montrent qu’on le chargeait, en réalité, d’en faire la conquête. »

Le soulèvement de Bernard de Bouville (1251-1254)

Simon de Montfort opéra avec maladresse. Dans Bordeaux il s‘appuya sur le parti des Colom et dans le reste du pays ses violences furent telles qu’elles provoquèrent un soulèvement quasi général. Le vicomte de Bezeaumes, Bernard de Bouville,  entra  en révolte contre son suzerain le roi d’Angleterre et contre Simon de Montfort au cours de l’année 1251 puis en 1253.

E.M. Lamartinie auteur d'une monographie  consacrée à l'abbaye bénédictine de Saint-Ferme écrit à propos de cette période :

« Pendant la seconde moitié du XIIIe siècle, l’abbaye de Saint-Ferme fut le centre d’une activité politique intense. On sait quelles difficultés eut à surmonter le roi d’Angleterre, Henri III, pour rétablir l’ordre dans la Gascogne soulevée par le tyrannique gouvernement de Simon de Montfort, comte de Leicester (1253-1254). Saint-Ferme se trouvait au milieu des révoltés : Bernard de Beauville, seigneur de Sainte-Gemme, de Dieulivol, de Sainte-Colombe, etc. (…) »[4]

Du 29 avril au 25 mai 1251, Bernard de Bouville participa à la rébellion contre Simon de Montfort, comte de Leicester et lieutenant du roi en Aquitaine, aux côtés d’autres seigneurs gascons : Gaston de Béarn, Amanieu d’Albret, Raymond, vicomte de Fronsac, Guillaume Arnaud de Tantalon, Gaillard del Soler, Pierre, vicomte de Castillon, Hélie Rudel de Bergerac et Arnaud de Blanquefort.

En août 1253, il participa à un nouveau soulèvement contre le roi d’Angleterre avec les vicomtes de Béarn, de Castillon et Fronsac, Amanieu d’Albret, Gaillard del Soler, le prieur du Mas d’Agenais et les jurats de La Réole. « Après un rude combat (…) les Gascons furent vaincus et cinq de leurs chefs furent pris. Puis le comte alla ravitailler le château de La Réole que les gens de la ville et le vicomte de Béarn n’avaient pas discontinué d’assiéger. Pour punir ce peuple rebelle, il coupa leurs vignes, ravagea leurs terres et leur fit souffrir mille maux. »[5]

Le roi-duc Henri III

Le roi-duc Henri III d'Angleterre

Henri III débarqua à Bordeaux le 19 août 1253, se dirigeant vers le château de Gironde, il fit occuper Rions, Blaye et Saint-Macaire. Le 5 novembre 1253, le château de Benauges, fief de Bernard de Bouville, était pris. Une fois les rebelles vaincus, la paix fut signée en février 1254, grâce à l’entremise du roi de Castille. Le 4 août 1254, le prince Edouard accorda son pardon aux rebelles et à Bernard de Bouville. Des lettres d’abolition furent accordées par Henri III aux différents seigneurs gascons qui s'étaient soulevés : Gaillard del Soler et ses frères, Raymond vicomte de Fronsac, Bernard de Bouville, Pierre vicomte de Castillon, à Arnaud de Bouville, de Duras, etc.[6]

Malgré cette rémission, le roi d’Angleterre céda à son fils Edouard, le 4 octobre 1254, la terre du rebelle Bernard de Bouville. En mars 1255, ce dernier rendit hommage au roi d’Angleterre, accompagné de tous ses vassaux directs dont Arnaud de Bouville de Duras.

Cette marque de fidélité n’aura sans doute pas suffit car, au printemps 1259, les vicomtes de Benauges, de Castillon et de Fronsac trouvaient refuge à la cour du roi de Castille Alphonse X, qui négociait avec le roi d’Angleterre pour obtenir la restitution de leurs terres.

Il ne sera jamais plus question de la vicomté de Bezeaumes après 1266. C’est néanmoins un descendant du dernier vicomte de Bezeaumes, Bertrand de Bouville, qui qui fit acte de reconnaissance, pour lui-même et ses frères, devant le roi d’Angleterre Edouard Ier en 1274 pour la paroisse de Dieulivol et ses dépendances.

Malgré une trêve la question des relations franco-anglaises n’était nullement réglée et le conflit restait ouvert. L’hommage pour l’Aquitaine  n’avait plus été prêté depuis longtemps et le roi Saint-Louis s’accommodait mal d’une occupation de fait des anciens fiefs plantagenêts sans une sanction de droit. De plus la guerre allait  opposer maintenant beaux-frères et cousins puisque le roi d’Angleterre et le roi de France avaient épousé les deux sœurs de Provence.[7]

Des négociations permirent toutefois  la conclusion d’un traité en  mai 1258  qui sera ratifié par les deux partis en 1259. Le roi de France reconnaissait  au Plantagenêt la possession de Bordeaux, Bayonne, la Gascogne, le Périgord, le Limousin, la Saintonge, l’Agenais et le Quercy. Le roi d’Angleterre abandonnait toute revendication sur la Normandie, l’Anjou, le Maine et le Poitou. Il reconnaissait tenir, lui et ses héritiers, toutes ses possessions continentales en hommage lige au roi de France.



L'église de Dieulivol, ancienne chapelle castrale de la foteresse du XIIIème siècle


L'église  de  Dieulivol, ancienne chapelle castrale de la forteresse du XIIIe siècle

Henri III fit hommage à Saint-Louis à Paris le 4 décembre 1259. Après une période de paix qui dura un peu plus de trente ans, Philippe III le Hardi fit saisir l’Agenais en 1271. Le nouveau roi d’Angleterre Edouard Ier prêta hommage au roi de France tout en réservant son droit en vertu du traité de 1259.

Un nouveau traité fut conclu à Amiens en 1279 et l’Agenais redevint finalement possession anglaise mais demeura pour longtemps un terrain de disputes.

L’administration anglaise qui s’était mise en place en Aquitaine reposait en grande partie sur le sénéchal de Gascogne qui résidait à Bordeaux au palais de l’Ombrière. C’est lui qui rendait la justice. Il était secondé par des sous sénéchaux et un nombre important d’officiers. En dessous d’eux se trouvaient des prévôts, baillis et châtelains. Pour assister le sénéchal, Edouard Ier fit réunir régulièrement l’ancien conseil féodal de Gascogne. L’administration financière du duché était confiée au connétable de Bordeaux qui surveillait la frappe des monnaies et était percepteur des revenus seigneuriaux et domaniaux, principalement des taxes sur la circulation et l’exportation des vins.

Peu après son avènement, Edouard Ier fit procéder à la vaste opération connue sous le nom de Recogniciones feodorum in Aquitania (1273-1275) destinée à déterminer les droits de la couronne et à connaître le statut social du pays. Pour le roi-duc c’était aussi le plus sûr moyen d’éviter les troubles avec les seigneurs gascons en établissant clairement les droits et obligations des villes, des seigneurs du sol et des communautés.  Le manuscrit connu sous le nom de Wolfenbüttel regroupe ces registres contenant des actes d’hommages et de reconnaissances d’obligations féodales.

Acte de reconnaissance de Bertrand de Bouville pour la paroisse de Dieulivol et ses dépendances (1274)

A Bordeaux, le 21 mars 1274, Bertrand de Bouville, damoiseau, rendit hommage au roi d’Angleterre pour la paroisse de Dieulivol et ses dépendances.[8]

Dans cet acte le seigneur reconnaît les fiefs qu’il tient du roi son suzerain. En l'espèce, il s'agit d'un système de coseigneurie. En effet, Bertrand de Bouville, damoiseau, reconnaît que lui-même et ses frères, R. de Bouville, archidiacre d'Agen, et Bernard de Bouville, chanoine de Périgueux, tiennent en fief indivis, directement du roi d'Angleterre, le château de Sainte-Gemme (...) Landerrouat et la paroisse d'Esclottes, de Baleyssagues, de Dieulivol, avec leurs dépendances, la paroisse de Sainte-Colombe, et tout ce qu'il tient ailleurs dans le diocèse de Bazas:


« Item, eadem die, Bertrandus de Bovisvilla, domicellus, juratus, recognovit quod ipse et sui fratres : R. de Bovisvilla, archidiaconus Agenensis, et Bernardus de Bovisvilla, canonicus Petragoricensis, tenent pro indiviso in feodum inmediate a domine rege Anglie castellarium de Sancta Gemma, cum parochiis de Nuron, de Montehac et de Curiis, et alio honore ; item,  pedagium terre quiod percipitur apud Regulam ; item, Landarroatum et parrochiam de Larrera, parochiam de Las Clotas, de Balaiagas, de Dioulivol cum pertinenciis, parochiam Sancte Columbe et quicquid habet alibi in diocesi Vasatum (…) »[9]

Dans la généalogie des Bouville les cas d'homonymie sont fréquents et les filiations mal assurées. Il ressort néanmoins des travaux de P. Julien-Laférierre[10] que ce Bertrand de Bouville et ses frères seraient les fils d'un autre Bertrand de Bouville, successivement dénommé dans les actes qui sont parvenus jusqu'à nous, Bertand de Bouville de Duras, puis de Soumensac.

L’acte porte aussi mention du service militaire dont étaient tenus les seigneurs envers le roi d’Angleterre. Il est à préciser que cet acte ne porte aucune mention de l’existence du château de Dieulivol que Léo Drouyn a daté de la fin du XIIIe siècle. Les frères Bouville devaient pour l'ensemble de leurs possessions, un seul chevalier qui devait se rendre au château de Duras :  

«Et pro hiis omnibus ipse Bertrandus et sui fratres debent obsequium exercitus cum uno milite, quando dictus dominus rex mandabit eis exercitum in castro de Duras et alia terra faciet exercitum. (…) »

Duras se trouvant en Agenais et l'Agenais ayant été saisi par les Français en 1271 puis redevenu possession anglaise en 1279, il est assez étrange de voir qu'un ost dépendant du roi d'Angleterre soit tenu de se rassembler dans une place qui devait dépendre à l'époque du roi de France. Le château de Duras devait alors apparaître comme le point « naturel » de ralliement de l'ost pour les Bouville qui étaient possessionnés à ses abords. Cette pratique prouve très certainement la difficulté pour le roi de France à imposer son autorité sur une région qui dépend traditionnellement du roi-duc.[11]

En outre, les fiefs situés dans cette région constituaient les centres qui contenaient le plus grand nombre d’hommes francs du roi. C’était aussi là que le roi d'Angleterre tirait ses plus abondants revenus et la plus grande somme des services féodaux. Pendant tout le conflit, Dieulivol va se trouver dans cette zone frontière entre l'Agenais, la plupart du temps français et le Bazadais soumis au roi-duc et connaîtra ainsi des changements d'obédiences fréquents.

Le château de Dieulivol et le bourg castral

Les conflits répétés entre seigneurs gascons ou les soulèvements dont ceux-ci étaient les instigateurs contre leur suzerain le roi d’Angleterre, les incursions fréquentes des armées du roi de France sur ses terres amenèrent le seigneur de Dieulivol à enfermer le lieu derrière de solides murailles pour se protéger et pour défendre la position de contrôle qu’il occupait sur la vallée du Drot.

Situé entre la bastide de Monségur, l’ancien château du Puy  et celui de Duras, le château de Dieulivol devait constituer un solide point de défense. On ignore cependant tout de ses seigneurs et de l’étendue de sa juridiction. Il ne reste plus aucun vestige de la forteresse du XIIIe siècle. Au milieu du XIXe siècle on trouvait encore des ruines qui évoquaient cette période. L’historien et archéologue girondin, Léo Drouyn, put ainsi consacrer un passage au château de Dieulivol dans son ouvrage intitulé La Guienne militaire (1865) :

« Le château est presque entièrement ruiné – témoigne-t-il ; il s’élevait sur le bord d’un rocher à pic qui fait en cet endroit une légère saillie dans la vallée du Drot, presque en face de Monségur. Au nord et au nord-ouest, on a creusé un large et profond fossé dans le roc ; à l’est, le terrain descend en pente douce, et le fossé y a peut-être été remplacé par une terrasse dont le sol devait être au niveau du fond du fossé. La porte défendue par une tour carrée entièrement démolie, était en A, (voir plan ci-dessous) à l’extrémité d’un pont qui traversait le fossé. Il reste encore, en B et en C, d’anciens bâtiments qui me font penser, par leur caractère, que les murs de la forteresse ne remontent pas plus haut que la fin du XIIIe  siècle ; mais l’église bâtie sur le bord du rocher étant romane, les fossés doivent être plus anciens que les constructions qui subsistent encore. »

Plan du château de Dieulivol établi par Léo Drouyn

Plan de l'ancien château de Dieulivol dressé par Léo Drouyn dans La Guienne militaire (1865)

Plus près de nous les travaux effectués par Sylvie Faravel dans sa monumentale thèse de géographie historique consacrée à l’occupation du sol et au peuplement de l’Entre-deux-Mers bazadais[12] ont donné lieu à d’intéressants développements sur le château de Dieulivol et sur la fondation du bourg castral. 

Le plan cadastral de 1835, dans le parcellaire, conserve encore très bien la forme de l’ancien château. L’enceinte avait une forme à peu près ovale, le tracé des murs y est nettement visible.  Les restes du château encore visibles au XIXe siècle et décrits par Léo Drouyn se situaient à l’ouest de l’enceinte sur un groupe de parcelles formant un demi-cercle. Au centre de l’enceinte se trouve une parcelle carrée qui - selon S. Faravel -  pourrait conserver le souvenir de l’emplacement d’une halle. Au sud, cette parcelle carrée est bordée par une parcelle rectangulaire où est implantée l’église qui demeurait néanmoins dans l’enceinte du château. Des sépultures médiévales  creusées dans le roc ont été découvertes dans l’emprise de la parcelle 492. 

Selon S. Faravel c’est précisément ces caractéristiques qui font du site du château de Dieulivol un bourg castral : le château se situait dans la partie ouest de l’enceinte alors que la partie nord semblait destinée au développement d’un bourg castral, au sud de l’enceinte, dans la basse cour du château, se trouvait l’église castrale devenue par la suite église paroissiale. Aux abords immédiats de l’église se trouvait le cimetière primitif où ont été découvertes des tombes médiévales, ce cimetière a par la suite été abandonné sans doute à cause de l’affleurement du substrat calcaire qui rendait les inhumations difficiles.

Dieulivol bourg castral du XIIIème siècle

Les bourgs castraux de l'Entre-deux-Mers bazadais : Dieulivol. Extrait du plan cadastral de Dieulivol, section C2, 1835 reproduit dans la thèse de géographie historique de Sylvie Faravel (1991)

Selon Sylvie Faravel le développement du bourg castral de Dieulivol a sans doute été un échec dû à la trop grande proximité de la bastide de Monségur fondée en 1265 dans le même siècle que le château. A l’est de l’église en rupture de pente, un pan de mur médiéval construit en grand appareil cubique existe toujours (pan de courtine du XIVe siècle.)

Pan de mur médiéval près de l'église de Dieulivol

Pan de mur médiéval près de l'église

Il y a quelques années, sur le côte le plus proche de l’église, une amorce d’arc de porte était encore conservée.

L’église de Dieulivol : une chapelle castrale  devenue église paroissiale

L’église de Dieulivol est dédiée à Saint-Pierre. D’architecture romane elle conserve une grande unicité dans sa construction. Son plan rectangulaire présente une nef unique terminée par un chœur carré à chevet plat. Elle est ouverte sur une façade occidentale à clocher-mur par un portail protégé par un porche. Ce long vaisseau est protégé sur les murs gouttereaux par des contreforts. Selon S. Faravel le plan et la construction en grand appareil de l’ensemble de l’église semblent permettre de la dater du XIIIe siècle.

L'église vue de l'ouest de l'enceinte de l'ancien château

Vue actuelle de l'église de Dieulivol depuis l'ouest de l'enceinte de l'ancien château

Les seuls éléments postérieurs sont le clocher pignon et le portail primitif actuellement partiellement muré au profit d’un portail plus petit qui semblent appartenir au XIVe ou au XVe siècles. Le porche moderne et une tour d’horloge construite contre le clocher-mur sur le côté nord-ouest de l’église sont modernes.

Une visite de 1804 jugea l’église en médiocre état, mal entretenue et trop enfoncée : le maire proposa de faire rehausser les murs de la nef ce qui fut fait.

La paroisse de Dieulivol au XIIIe siècle

Les paroisses qui sont nées à cette époque étaient « avant tout des paroisses de défrichement, leur fondation résulte de l’extension des terres cultivées et de l’implantation de pôles d’habitats nouveaux ou en cours de développement »[13] comme les bourgs castraux. Dieulivol est précisément un exemple de bourg castral du XIIIe siècle.

Si l'on ne possède que peu d'éléments sur la paroisse originelle de Dieulivol, on sait en revanche que la commune actuelle s’est formée par la réunion d’anciennes paroisses aujourd’hui disparues, notamment celle de Tourneguy et d’une infime portion de la paroisse d’Anzas. Les ruines de l’ancienne chapelle de Tourneguy étaient encore visibles au début du XIXe siècle[14] , elles se situaient sur la section de Saint-Martin (saint titulaire de la paroisse.) Une croix ancienne érigée en mémoire de l’annexion de Saint-Martin à Dieulivol était toujours visible en 1897.[15] L’existence de cette paroisse est confirmée par Dom Réginald Biron, ancien curé de Dieulivol, dans son Précis de l’histoire religieuse des anciens diocèses de Bordeaux et de Bazas.[16] Sur la nature du site on ne sait à peu près rien. Il y a quelques années un sarcophage trapézoïdal monolithe y a été découvert. S’agissait-il d’une nécropole ou d’une ancienne église et de son cimetière paroissial ? L’un des chapiteaux de l’église de Tourneguy est déposé à la grotte de Dieulivol. Le moulin à eau de Gallau -aussi orthographié Galleau ou Gallaud -bâti sur le Drot, dont il sera question plus loin, aurait été édifié par les seigneurs de Dieulivol à la même époque même si les fondations les plus anciennes qui subsistent ne sont pas antérieures au XIVe siècle. Selon S. Camps, le moulin de Gallau primitif et aujourd'hui disparu qui dépendait du château de Dieulivol était construit à l'embouchure du Dousset.


[1] Jullian, Camille. Histoire de Bordeaux. Pau : Princi néguer, 2001-2002.  2 vol. (Tome I, Depuis les origines jusqu’aux guerres de religion ; Tome II, Depuis le XVIIe jusqu’à la fin du XIXe siècle)

 [2] Bémont, Charles. Simon de Montfort, Comte de Leicester. Son gouvernement en Gascogne (1248-1253) Revue historique. Tome IV (1877) p. 242

[3] Le comte de Leicester était un fils de Simon de Montfort qui avait mené la croisade contre les Albigeois

[4] Lamartinie, E.M. Une abbaye bénédictine : Saint-Ferme en Bazadais. Bergerac, 1934 p. 22

[5] Bémont, Charles. Simon de Montfort, op. cit. p. 273

[6] Archives historiques du département de la Gironde, 1863, T. 4, p. 35, N° LII

[7] Eléonore de Provence, épouse de Henri III d’Angleterre, accorda des privilèges aux bourgeois de Monségur le 26 juillet  1265   

[8] Recogniciones feodorum in Aquitania n° 357

[9] ll s’agit des paroisses de Sainte-Gemme (Sancta Genua dans le manuscrit), Landerrouat, Esclottes, Baleyssagues, Dieulivol (le manuscrit porte : Dioulo vel) et de Sainte-Colombe (Sancte Colombes dans le manuscrit) dans le diocèse de Bazas.

[10] Julien-Laférierre, P. Les seigneurs de Duras au XIIIe siècle.Généalogies du Sud-Ouest. Bulletin de liaison n° 6. Centre généalogique du Sud-Ouest : Bordeaux, 1978

[11] Vincent, Frédéric. Occupation du sol, peuplement et histoire de la seigneurie de Duras au Moyen Age. Mémoire de maîtrise d’histoire, 2 vol. Université de Bordeaux III, 2001

[12] Faravel, Sylvie. Occupation du sol et peuplement de l’Entre-deux-Mers bazadais de la Préhistoire à 1550. Thèse de géographie historique, 7 vol. Université de Bordeaux III, 1991.

[13] Bruno Bizot, Sylvie Favarel, Valérie Larock. Pour une histoire des paroisses de l’Entre-deux-Mers. L'Entre-Deux-Mers à la recherche de son identité. Actes du troisième colloque tenu à  Monségur et à Saint-Ferme les 19 et 20 octobre 1991. p. 21-33

[14] La chapelle et le cimetière qui l’entourait ont été rasés en 1964

[15] Piganeau, Emilien. « Essai de répertoire archéologique du département de la Gironde », Société archéologique de Bordeaux. Tome 22 (1897)

[16] Biron, Réginald. Précis de l’histoire religieuse des anciens diocèses de Bazas. Bordeaux, 1925