L’église Saint-Pierre de Dieulivol

« Près des ruines du vieux château et de l’église de Dieulivol, on domine la riche et gracieuse vallée du Drot ; on y jouit certainement d’un des plus beaux points de vue du département. » [1]

L’église de Dieulivol a été édifiée au bord d’une falaise qui domine la vallée du Drot. Il s’agissait à l’origine d’une chapelle castrale devenue par la suite église paroissiale. L’église est dédiée à Saint-Pierre. Son architecture romane date du XIIIe siècle. L’église de Dieulivol a été inscrite aux Monuments historiques par arrêté du 24 décembre 1925. 

Le plan rectangulaire de l’église présente une nef unique avec un chœur carré et un chevet plat. L’édifice possède une grande unité de style. La nef qui a été surélevée au début du XIXe siècle est voûtée en berceau brisé.[2]

Eglise de Dieulivol

Eglise Saint-Pierre de Dieulivol

Dans son ouvrage consacré aux vieille églises de la Gironde[3], Brutails nous livre quelques particularités liées à l’architecture de l’édifice:

« Quand on étudie les voûtes en berceau, nous dit Brutails, il faut en relever le tracé près de la tête : là elles pénètrent dans les murs qui les soutiennent et qui les garantissent contre les déformations (…) [Dans le berceau] à Dieulivol « les centres sont plus rapprochés du milieu de la corde  (…) [et] la corde étant de 7 mètres 18 et la flèche de 4 mètres 20, les centres sont à O mètre 67 environ du milieu ».

A l’intérieur de l’église quatre travées sont séparées par des arcs en doubleaux retombant sur des colonnes engagées.

Brutails précise que les berceaux de la Gironde sont habituellement renforcés de doubleaux. Il écrit qu'à Dieulivol le maître d'oeuvre a dissimulé la rencontre des berceaux avec les murs de tête sous une sorte de doubleau qui rappelle le formeret des voûtes gothiques.[4]


 

Eglise Saint-Pierre

Devant l'église, le chêne planté au lendemain de la guerre 1914-1918 par les soldats démobilisés de Dieulivol

 

L’épaisseur des murs est de 7 mètres 19 (largeur dans œuvre), de 4 mètres 79 (hauteur) et de 1 mètre 05 (épaisseur des murs de flanc). Les contreforts d’angles « se réduisent à un empattement, à une simple surépaisseur des murs. »

Brutails écrit que : « l’élévation des fenêtres romanes est parfois archaïque (…) Les moyens employés pour couvrir la baie donnent lieu à bien des variantes. Le procédé le plus simple pour les ouvertures étroites consistait dans l’emploi d’un linteau droit. » Ces « baies à têtes carrées n’étaient pas dans le style religieux et le linteau jeté au-dessus des fenêtres est presque toujours entaillé. » L’église de Dieulivol porte cette échancrure  en « arc tréflé à l’extérieur. »

L’église s’ouvre sur une façade occidentale à clocher-mur triangulaire sur un portail protégé par un porche offrant une très belle vue sur la vallée du Drot.

Le clocher-mur et le portail primitif actuellement partiellement muré au profit d’un portail plus petit semblent dater du XIVe ou du XVe siècles. 

Portail de l'ancienne église romane de Dieulivol

Portail de l'ancienne église romane de Dieulivol

Le porche moderne et une tour d’horloge construite contre le clocher-mur sur le côté nord ouest de l’église sont modernes.

L'église de Dieulivol renferme d'admirables peintures murales exécutées par le peintre italien Giovanni Masutti auxquelles il conviendrait d'accorder une plus grande protection. Les sujets lui furent proposés par Dom Réginald Biron, érudit bordelais qui fut le curé de Dieulivol entre 1928 et 1939. Masutti - qui se faisait aussi appeler Jean - était originaire du Frioul. Il était arrivé dans la région après avoir fuit le régime fasciste de Mussolini. Il a décoré plusieurs églises notamment  l'église Sainte-Marie-Madeleine de Duras. Religieux, appartenant à l'ordre des bénédictins, Joseph-Réginald Biron naquit à Libourne en 1876. Il fut membre de la Société archéologique de Bordeaux, lauréat de l'Académie de Bordeaux et de la Société académique d'Agen. Il fut l'auteur de plusieurs articles et ouvrages d'érudition religieuse et historique notamment d’un Précis de l’histoire religieuse des anciens diocèses de Bordeaux et Bazas et, en 1928, d'un Guide archéologique illustré du touriste en Gironde.[5] Dans l'église, Masutti a représenté l'ancien curé de Dieulivol dans le personnage de Saint-Benoît.


 

Dom Biron Saint-Benoît

A gauche portrait de Dom Réginald Biron, ancien curé de Dieulivol. A droite Saint-Benoît peint par Masutti

L’une des belles originalités de l’église de Dieulivol réside dans la beauté de la voûte azurée et constellée  d’étoiles exécutée par Masutti.

Deux immenses scènes de part et d'autre de l'autel représentent le crucifiement de Saint-Pierre et la délivrance de Saint-Pierre.


 

Crucifiement de Saint-Pierre par Mazetti

Le crucifiement de Saint-Pierre (Masutti) , église de Dieulivol

En 1956 a été restituée à l'église de Dieulivol une vierge en bois du XVIIIe siècle qui s'y trouvait autrefois. Aux fonts baptismaux une statue en bois polychrome du XVIIIe siècle représente la Vierge Marie portant l'enfant Jésus.  A noter également la présence d'un ange en bois du XVIIIe siècle.[6]

 
Un chandelier pascal du XIXe siècle a été offert par Monseigneur Desmazières, evêque de Beauvais qui fut curé de Dieulivol entre 1940 et 1945.

Eglise de Dieulivol

L’église de Dieulivol  eut à subir différentes périodes de troubles durant la guerre de Cent Ans et les guerres de religion. Elle fut notamment pillée et dévastée en 1562 et 1615. Aujourd’hui c’est une nouvelle forme de danger qui la menace et qui exige que nous nous mobilisions tous afin de sauvegarder ce patrimoine que nous ont légué les générations antérieures.



[1] Feret, Edouard. Statistique générale, topographique, scientifique, administrative, industrielle, commerciale, agricole, historique, archéologique et biographique du département de la Gironde. Bordeaux, 1874

[2] La Torre, Michel de. Gironde : histoire, géographie, nature, arts. Paris, 1990

[3] Brutails, Jean-Auguste. Les vieilles églises de la Gironde. Bordeaux, 1912

[4] Brutails définit un doubleau comme un arc à peu près concentrique à un berceau et qui double ce berceau.

[5] Biron, Réginald. Guide archéologique illustré du touriste en Gironde. Bordeaux, 1928

[6] Laroza, Olivier. Guide, touristique, historique et archéologique de Bordeaux et de la Gironde. Bordeaux, 1975

Il y a deux éditions de cet ouvrage : la première de 1975 est l’adaptation remaniée et complétée de l’ouvrage de Dom Biron cité précédemment, la seconde édition date de 1988.