Dieulivol au temps de la Guyenne anglo-gasconne

Après avoir été une possession des seigneurs de Bouville au cours du XIIIe siècle, la paroisse de Dieulivol  passa vraissemblablement durant le XIVe siècle dans la juridiction de l’abbaye de Saint-Ferme. Dieulivol devenait ainsi l’une des trois paroisses qui composaient cette juridiction avec Saint-Ferme, Le Puy et son annexe Coutures.

Le seigneur abbé de Saint-Ferme allait porter, dès lors,  le double titre de baron du Puy et de Dieulivol. A la tête d'une vaste seigneurie politique et foncière, il possédait la haute et basse justice sur les hommes et percevait des droits seigneuriaux et féodaux. Située au nord-ouest de Dieulivol, sur l’un des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, l’ancienne abbaye bénédictine de Saint-Ferme existait déjà en 1080. Au XIIIe siècle son abbé, Pierre Ier de Saint-Michel, fut entièrement dévoué à la cause anglaise. Il fut même l’homme de confiance de Henri III et s’employa à pacifier la région lors du soulèvement contre Simon de Montfort (1254). L’abbé de Saint-Ferme  fut aussi chargé par les monarques anglais, Henri III puis Edouard Ier, de mener à bien la construction de la bastide de Sauveterre  dès les années 1280-81.

Cloître de l'abbaye

Vue actuelle du cloître de l'abbaye de Saint-Ferme

Par le traité de Paris conclu en 1259 le roi de France Saint-Louis avait reconnu la jouissance de la Guyenne en fief au roi d’Angleterre mais ce dernier devait prêter au roi de France l’hommage du vassal au suzerain. Les souverains anglais supportaient de plus en plus mal cette vassalité. A partir de 1294 les Français cherchèrent, souvent par des moyens déloyaux, à reprendre la Guyenne aux Anglais. La Guyenne fut ainsi saisie à deux reprises par les Français en 1294 et 1324. Au cours de cette dernière année l’Agenais, le Condomois, le Bazadais et La Réole  furent occupés, les possessions anglaises ne se réduisant plus qu’à Bordeaux, Bayonne et Saint-Sever. Le roi de France accepta une conciliation : Edouard II donna le duché à son fils le prince Edouard qui prêterait hommage pour lui mais les Français conserveraient l’Agenais (1326).

Le roi de France Philippe VI de Valois prit alors l’abbaye de Saint-Ferme sous sa protection. En novembre 1328 il lui octroya même des lettres de sauvegarde spéciale. L’abbaye et toutes ses dépendances : colons, châteaux, maisons, granges, droits et franchises étaient placées sous sa protection. Il s’engageait à réparer et à faire réparer toutes les injustices et dommages soufferts.

Cependant dès 1337 la guerre reprit.  Elle allait durement éprouver l’abbaye de Saint-Ferme et la paroisse de Dieulivol comme l’ensemble de la Guyenne. En effet, au conflit féodal qui existait entre l’Angleterre et la France vint s’ajouter un conflit dynastique. Edouard III pouvait prétendre à la couronne de France en vertu des droits de sa mère Isabelle, fille de Philippe le Bel.  En 1337 Edouard III déclara annuler son hommage au Valois. Le 6 février 1340, il se proclama solennellement roi de France.

Au début des années 1340, Dieulivol qui se trouvait sur la frontière entre le Bazadais et l'Agenais était aux mains des Français. Entre 1339 et 1342 ces derniers « s’étaient emparés de La Réole, de Saint-Macaire et de Podensac ; après s’être avancés jusque sous les murs de Bordeaux, ils s’étaient jetés dans l’Entre-deux-Mers, où ils y avaient porté la dévastation. (…) Les plus fortes villes de l’Agenais et du Périgord furent enlevées à la domination anglaise : Damazan, Aiguillon, Tonneins, Sainte-Bazeille, La Réole, Caudrot, sur les bords de la Garonne, étaient tombés ou tombèrent bientôt au pouvoir des Français. Villefranche, Montpezat, Villeréal, en Agenais ; Monségur, dans l’Entre-deux-Mers ; Lalinde, Bergerac (…) et Libourne, sur la Dordogne, avaient eu le même sort. Presqu’au début, Blaye avait été pris, et la ville de Bourg n’avait pu résister malgré sa forte position. Bourg, à vrai dire, fut reconquis peu de temps après par les Anglo-Gascons. »[1]

Les Bordelais effrayés par les progrès de l’ennemi redoutaient une attaque française qui aurait été désastreuse pour les vignobles. Des seigneurs gascons  parmi lesquels  les seigneurs d’Albret, de Pommiers, de Montferrand et de Duras dépêchèrent des émissaires auprès du souverain anglais. Le roi d'Angleterre envoya en Aquitaine un corps expéditionnaire, commandé par son cousin Henri de Lancastre, comte de Derby. Ce dernier quitta l’Angleterre avec 300 chevaliers, 600 hommes d’armes et 2000 archers. Après un cours séjour à Bordeaux il entreprit à la fin juin 1344 deux campagnes qui allaient permettre de reprendre  la Guyenne aux Français.

Les chevauchées du comte Derby autour de Dieulivol (1344-1345)

Derby vint d’abord faire le siège de la ville de Bergerac. Lui et ses Anglo-Gascons obligèrent les Français à se replier sur La Réole. « On n’était pas encore à la fin juillet, et Derby était déjà maître du Périgord » écrit Ribadieu. Derby et son armée se rendirent ensuite à Pellegrue. Les Chroniques de Froissart nous apprennent qu’il y tint un siège de six jours et « y fit maint assaut. » Néanmoins un échange de prisonniers et la conclusion d’une trêve permirent d’épargner  la ville.  Derby mit les Français en déroute à Caudrot le 12 août 1344. « Deux jours après (…) l’armée anglo-gasconne rentrait à Bordeaux, au milieu des cris de la joie la plus vive. Plus de deux cents chevaliers français ornaient son triomphe. »

Après avoir passé l’hiver à Bordeaux, Derby entreprit une nouvelle campagne l’année suivante. Il prit Sainte-Bazeille et arriva vers le mois de mai (ou juin ) 1345 devant Monségur  « qui est  grande et grosse, et y a un très-fort castiel (…) » écrit Froissart, il y tint un siège pendant quinze jours.

«  il n’y eult oncques jour que il n’y fesist assaillir, et y fist drechier grans enghiens qui nuit et jour jettoient dedens la ville, et ce les greva et foulla trop durement (…) »

Derby promit aux habitants de Monségur qu’il les « prendrait à merci » s’ils se rendaient mais que dans le cas contraire il les « mettrait à l’épée.» Les habitants de Monségur ne voyant venir aucun secours parlèrent à leur capitaine, messire Hugues de Badefol, mais celui-ci leur dit qu’ils pouvaient encore tenir « bien demy an et sans nul dammaige. » Ribadieu nous conte comment ceux de Monségur feignirent alors d’écouter les conseils de leur capitaine, puis l’emprisonnèrent et finalement l’envoyèrent parler au comte Derby afin de conclure une trêve pendant un mois au terme de laquelle ils rentreraient en l’obéissance du roi Edouard s’ils n’avaient toujours pas reçu de secours du roi de France. Derby accepta et se fit remettre douze des meilleurs bourgeois de Monségur qu’il envoya comme otages à Bordeaux.  Il n’entra pas dans la ville et continua vers Aiguillon qui se rendit sans même combattre.

Derby et les Anglo-Gascons firent ensuite le siège de La Réole qui était toujours aux mains des Français. Le siège fut long – écrit Ribadieu – le temps où ceux de Monségur devaient se rendre arriva, et La Réole n’était pas encore prise. On fit « charpenter en fort merrain deux gros beffrois recouverts de cuir bouilli et montés sur quatre roues. Chaque beffroi avait trois étages, et chaque étage une compagnie de cent archers. Ces deux forteresses de bois et de cuir furent roulées avec leur garnison jusqu’au pied des murs ; elles étaient destinées à occuper l’ennemi et à protéger le travail des deux cents piqueurs couverts de pavois qui avec leurs havets de fer » perçaient les murailles de la ville. Les bourgeois de La Réole préférèrent ouvrir leurs portes alors que les Français s’étaient retranchés à l’intérieur du château des Quatre-Sos. Le château qui eut à subir plusieurs sièges au cours de son histoire prenait son nom gascon des quatre fortes tours d'angle qu’il possédait : les quatre sœurs.

Vestiges du château de La Réole

L'une des trois tours d'angle encore visibles du château des Quatre Sos à La Réole

Finalement la garnison française commandée par un Provençal finit par se rendre. La Réole qui était au moyen âge « une des villes frontières du pays de Guyenne – écrit Ribadieu –  avait pu tomber, par fortune de guerre, dans les mains de la France, elle était restée bordelaise, ou si l’on veut, gasconne de cœur. Et être Gascon alors, c’était bien plutôt être Anglais que Français. »

Ces deux campagnes prirent fin par la défaite des Français à Auberoche (août-octobre 1345). Mais l’année suivante ces derniers réagirent. Une armée conduite par le duc de Normandie, fils du roi de France réussit à enfermer les Anglo-Gascons dans Aiguillon. La situation un moment très critique  fut finalement rétablie par le départ des Français à l’annonce de la défaite de Crécy. Une trêve interrompit les combats en 1347 mais un autre fléau s’abattit sur la région durant les années 1347-1349 : la peste noire.

 La Guyenne du Prince noir (1356-1372)

 

A Dieulivol, comme dans le reste de la Guyenne, la tranquillité des habitants devait être quelque chose d’assez éphémère puisque l’on passait régulièrement de la domination des Français à celle des Anglais et inversement. Si les Gascons, comme l’écrit Ribadieu,  « étaient plus attachés à l’administration anglaise qu’à toute autre, [ce n’était point] par affection naturelle, mais parce que l’éloignement de l’Angleterre était pour eux une  garantie de liberté. »[2]  

Aujourd’hui on se souvient de la Guyenne anglaise ou - comme l’écrit Camille Jullian – de « la période gasconne » grâce au lustre et à l’éclat donnés à sa cour par celui que l’histoire a retenu sous le nom magnifique et menaçant de  Prince noir. 

Le prince noir

 Gisant  du Prince noir  dans la cathédrale de Canterbury

Bordeaux et la Guyenne connurent alors une période fastueuse. L’Aquitaine fut érigée en principauté en 1362 et le fils de Edouard III, le prince de Galles Edouard de Woodstock fut placé à sa tête. Ce dernier que l’on nommait le Prince noir  à cause de la couleur de son armure s’était brillamment illustré sur les champs de bataille. Il avait notamment infligé une cuisante défaite aux Français à Poitiers (26 septembre 1356). Lors de cette bataille, malgré leur nombre très inférieur, les Anglo-Gascons tirèrent parti du terrain pour tailler en pièces leurs adversaires et faire prisonnier le roi de France Jean II. Cette capture eut un grand retentissement.  Le butin et les prisonniers furent amenés à Bordeaux. 

Le traité de Calais (1360) maintint provisoirement une période de paix. Le roi d’Angleterre devait renoncer à la couronne de France lorsque les territoires lui auraient été remis et que, par chartes séparées, le roi de France aurait lui-même renoncé à chacun des pays cédés.

L’Aquitaine redevint alors un immense territoire comme aux temps des ducs Guillaume  aux XIe et XIIe siècles. Bordeaux, la capitale de ce nouvel Etat, tenu seulement à l’hommage lige annuel à la couronne d’Angleterre, devint le siège d’une administration importante. Le système des sénéchaux subsista. Le connétable de Bordeaux prit le titre de trésorier d’Aquitaine et un Echiquier s’installa pour contrôler sa gestion. Le Conseil de Guyenne augmenta le nombre de ses membres. Une chancellerie de Guyenne fut mise sur pied, dotée désormais du grand sceau d’Aquitaine. Sous la principauté du Prince noir des monnaies d’or furent émises avec des types particuliers : « léopard » et « guyennois »  et la « cour » de Gascogne fut élevée au rang de juridiction d’appel.  La Guyenne possédait dès lors tous les attributs d’une puissance quasi souveraine mais cette situation ne dura pas plus d’une dizaine d’années.

La présence d’un personnel administratif « anglais » plus important qu’auparavant a peut-être indisposé les Gascons mais c’est surtout les nouvelles charges financières qu’ils eurent à supporter qui suscitèrent le mécontentement.  Des subsides extraordinaires furent levés. Ainsi en 1366-1367 deux fouages[3] furent imposés en raison des guerres que le Prince noir conduisait en Castille. En 1368 des vassaux du Prince notamment Arnaud-Amanieu d’Albret et le comte d’Armagnac refusèrent de laisser lever le fouage sur leur terre et, n’attendant pas le résultat d’un appel à Edouard III, en appelèrent au roi de France Charles V. Comme les renonciations prévues par le Traité de Calais n’avaient pas été effectuées Charles V accepta l’appel (30 juin 1368). Dès lors les Albret et les Armagnac furent favorables à un retour à la France. Après avoir pris l’avis de juristes français et italiens, Charles V prononça le 30 novembre 1368 la confiscation de l’Aquitaine. Le 3 juin Edouard III avait repris le titre de roi de France. Les hostilités reprirent donc en 1369.

Henry Ribadieu dans son Histoire de la conquête de la Guyenne par les Français écrit :

« Dans les années 1370, 1374, 1377 les Français sous le commandement du duc d’Anjou, frère du roi Charles V, mais en réalité sous les ordres du connétable Bertrand Du Guesclin portèrent la guerre en Aquitaine. En une seule de ces campagnes ils ne prirent pas moins de 34 villes ou places fortes. La plupart,  il est vrai ne leur restèrent point. Ils n’avaient ouvert leurs portes que pour éviter le pillage ou l’incendie ; les Français partis elles redevinrent d’elles-mêmes à la domination anglaise que les Gascons malgré leur inconstance préféraient à toute autre. Plusieurs cités où le duc put mettre garnison et quelques châteaux appartenant à des seigneurs dont les possessions territoriales en France garantissaient la fidélité demeuraient cependant au pouvoir de Charles V. Rions, Saint-Macaire, La Réole, Monségur, Auros, Budos devinrent pour quelques années des places françaises. » 

Au cours de ces années le Prince noir malade doit quitter Bordeaux (janvier 1371) et renoncer finalement à la principauté le 5 octobre 1372. Il remit le commandement au duc de Lancastre. Celui-ci malgré de gros efforts ne put arrêter l’avancée française en Guyenne. Le roi de France avait sans doute mieux organisé les finances de la royauté ; il avait en outre recruté de petites armées de volontaires aguerris et fait adopter une nouvelle tactique. Les Français mèneraient désormais  une guerre de sièges et d’escarmouches en évitant les batailles rangées. Ils grignoteraient ainsi peu à peu les positions de l’ennemi, le laissant libre de mener des chevauchées. Le mot d’ordre était : « Mieux vaut pays pillé que terre perdue. »  Au même moment Felton, le sénéchal de Guyenne, le seigneur de Lesparre et le maire de Bordeaux reçurent l’ordre du duc de Lancastre « de pourvoir à la réparation des fortifications et à l’armement des places de La Réole, Saint-Macaire, Monségur, Sauveterre, Pellegrue, Caudrot, etc . (1373-1374)»[4]

Les Français s’emparent de la tour de Dieulivol (1374)

Les Chroniques de Jean Froissart situent en septembre 1374 la prise de Dieulivol par le duc d’Anjou. Dès le 16  août 1374, les ducs d’Anjou et de Bourbon avaient mis le siège devant La Réole qui était « l’une des plus fortes places du pays ». A cette occasion « le duc d’Anjou fit amener la plus grande bombarde que l’on eut encore fondue.» Au bout de trois jours de siège La Réole tomba aux mains des Français. La prise de la ville entraîna la reddition de Langon, de Saint-Macaire, de Sainte-Bazeille et des places avoisinantes. Les Français s’emparèrent d’une quarantaine de villes et de châteaux au total. Voilà ce que l’un des manuscrits de Froissart rédigé en ancien français relate :

«  Sitost que li mois d’aoust fut passés, que les trièves qui avoient esté prises et données entre les dessus nommés et la terre de Gascoigne, furent expirées, lors commencèrent li signeur à guerroier comme devant ; et vint devant la Riole li dus d’Anjou. Quant il y ot tenu siége par III jours, cil de la Riole se missent en l’obéissance dou roy de France. Après vint devant Langon qui se rendit ossi ; puis Saint-Machaire, Condon, Sainte-Basille (…)  et la tour de Dio [livol], et bien XL tant villes que chasteaulx se tournèrent, en ce voiage (…) » [5]

L'église de Dieulivol domine la vallée du Drot

L'ancienne chapelle castrale de Dieulivol domine la vallée du Drot

La « tour de Dio » mentionnée dans certaines éditions des manuscrits de Froissart – d’autres portent « Dion » – désignerait bien la place fortifiée de Dieulivol qui étaient tenue par les Anglais en 1374 et qui leur aurait été arrachée par les Français en prélude aux offensives que le duc d’Anjou allait conduire trois ans plus tard  à Monségur et à Duras.  Cela semble conférer à la place de Dieulivol une relative importance à la fin du XIVsiècle.

Les Chroniques de Froissart nous disent comment, en 1377, lors du siège de Bergerac par Du Guesclin, une embuscade fut tendue à Eymet aux soldats français par le sénéchal Felton et les seigneurs gascons.

Les Français qui tenaient La Réole avaient envoyé des hommes pour y chercher une machine de guerre appelée « truie ». Cet engin capable de soulever des pierres d’un poids considérable pouvait, en outre, abriter une centaine d’hommes. Il était destiné à approcher et à assaillir la ville. Quand apparurent les Français revenant de La Réole et se dirigeant vers Bergerac, une terrible bataille s'engagea. Le sénéchal Felton et quatre seigneurs gascons furent faits prisonniers dont les seigneurs de Duras et de Rauzan. Il semblerait que le seigneur de Duras, Galhard,  ait été fait prisonnier par le maréchal de Sancerre, avec lui, les seigneurs de Langoiran et de Mussidan. Ceux-ci auraient été remis au duc d’Anjou pour 30.000 francs d’or, somme considérable pour l’époque qui démontre l’importance  des personnages.[6]

Cependant le duc d’Anjou libéra les prisonniers sans exiger la moindre rançon  après leur avoir fait faire le serment de reconnaître le roi de France comme leur seul seigneur et de ne plus prendre les armes contre lui. Mais alors que les seigneurs de Langoiran et de Mussidan se mirent au service des Français, les seigneurs de Duras et de Rauzan se sauvèrent à Bordeaux pour servir à nouveau leur souverain, le roi d'Angleterre.

Les Français continuèrent leur marche en avant et se dirigèrent vers Castillon, au passage ils prirent la ville de Sainte-Foy. Après avoir fait le siège de Castillon ils décidèrent d’attaquer Saint-Macaire. En chemin ils firent le siège de Sauveterre, là la résistance dura 3 jours. Ils partirent à l’assaut de Sainte-Bazeille « une bonne ville fermée, qui se rendit et mist en l’obéissance dou roi de France ; et puis s’en vinrent devant Montségur.» Le 7 octobre 1377 le duc d’Anjou était devant Monségur. Après que la ville fut prise, les Français s’en allèrent devant Saint-Macaire, là la résistance dura 6 jours. Le duc d’Anjou et le connétable Du Guesclin ordonnèrent aux soldats français de chevaucher tout le pays. Les Français prirent plusieurs villes et forts  et assujettirent « tout le païs de là environ en leur subjection et en l’obéissance dou roi de France. »  Ne voyant aucun secours ne leur parvenir du côté anglais les habitants de Saint-Macaire se rendirent. Le duc d’Anjou apprenant que le seigneur de Duras et le seigneur de Rauzan étaient partis à nouveau servir les Anglais, il décida de faire le siège de Duras. Celui-ci dura du 18 au 27 octobre 1377.

Froissart témoin de son temps

Jean Froissart, témoin de son temps

Froissart raconte :  « Dont se misent gens d’armes en ordonnance d’assaut et tous leurs arbalestriers paveschiés devant. Ei ensi approchièrent le ville, et vous di que il y avoit là accuns varlès desous les seigneurs qui s’estoient pourveus d’eschieles pour avoir mieux l’avantaige pour monter sur les murs. Si furent en plusieurs lieux ces esquieles drecies et mises contre ces murs ; et lors fu li assauls grant et orribles. Chil qui montoient, se combatoient main à main à chiaux de dedens (…) Quant il se furent bien combatus (…) par l’odonnance des marescaux  on sonna les trompettes de retraite (…) [Le soir arrivèrent  Messires Alain de la Houssoye et Alain de Saint-Pol et une armée de Bretons] « qui avoient chavaucié vers Libourne et assailli une garnison d’Englès, à un fort qui s’appielle Cadillac (…) » [ Au matin le duc d’Anjou] « commanda que on allast à l’assault (…) et fist assavoir par un cri et par un hirault que li premiers qui entreroit dedens Duras, il gaegneroit V francs  (…) Dont furent esquielles levées en plusieurs lieux autour des murs. Et là commença li assauls fiers et grans (…) Finalement li ville de Duras fu par force conquise (…) Ensi fu la ville de Duras prise et pillie, et chil tout mort qui dedens furent trouvet (…) [Le lendemain le connétable de France monta à cheval et les maréchaux de France ] avec lui, et en allèrent aviser le castiel et veoir par quel costé on le porroit assaillir et prendre ( …) il le trouvèrent merveilleusement fort [ Voyant qu’il ne pourrait sans doute pas prendre le château sans un long siège et ne voulant pas partir sans que le château fut pris, le duc d’Anjou ordonna donc que l’on fit dresser tous les engins qui étaient autour du château] et mettre en oevre carpentiers pour faire et carpenter atournemens d’assaus pour esbahir chiaux dou chastiel (…)» qui finirent par se rendre.

Prise de Duras par les Français

Siège et prise de Duras par les Français (1377)

Durant l'hiver 1377 la contrée est dévastée. Ce qui reste du duché est soumis à la misère, en proie aux épidémies, au blocus des pays d’amont, aux ravages de la guerre. Le duc de Lancastre fit une inutile incursion au travers des régions désertes. Les paysans sont morts ou en fuite, les champs incultes et sans laboureur.

Dieulivol cité dans les trêves de 1383 et 1407

Une trêve intervenue entre le roi d’Angleterre et le sire d’Albret en 1383 (19 mai )[7] nous apprend qu’à cette date la garnison et le capitaine de Dieulivol assuraient encore la fidélité de la place à l’Angleterre. On se souvient qu’en 1368 le seigneur d’Albret s’était engagé à soutenir la cause de la France. La politique française en Guyenne consistait aussi à se ménager des alliances parmi les seigneurs gascons, alliances qui lui seraient fort utiles par la suite dans son entreprise de conquête. Ainsi Charles V pour s’attacher le sire d’Albret lui donna sa belle-sœur, Isabelle de Bourbon en mariage (4 mai 1368). Vers 1342 déjà, les barons Anglais affirmaient que les Albret avaient toujours été des « amis inconstants et versatiles ».  Cependant dans leur grande majorité les seigneurs gascons demeurèrent fidèles au duc, cette fidélité leur paraissait naturelle dans la mesure ou le roi d’Angleterre était le seigneur légitime. « Cependant la guerre et les fluctuations d’obédience qu’elle impliquait conduisaient les acteurs de terrain au réalisme. L’attachement aux biens fonciers qui permettaient de vivre, aux droits de justice qui assuraient une prééminence déterminait des mobiles géographiques dictant de reconnaître en majorité le prince dont les forces dominaient durablement la région (…) Le Bazadais inséré entre Bordelais et Agenais voyait son aristocratie tiraillée entre les deux obédiences, au gré des flux et reflux des opérations militaires. »[8]

Or, les Albret, agissant pour le roi de France, avaient en Guyenne et particulièrement dans les environs de Dieulivol un nombre important d’alliés et de places en leur possession. La mort du roi Charles V, les troubles qui agitaient les deux royaumes et la paix à laquelle aspiraient les habitants de la Guyenne conduisirent à la conclusion d’une trêve. Le texte de la suspension d’armes intervenue entre le sénéchal d’Aquitaine et le sire d’Albret est en langue gasconne :

« Jehan Harpedenn, senescaut d’Aquitaine pour nostre tres souveran senhor le rey d’Anglaterra, a tots aquetz qui cestas presens letras veyran et audiran salutz…per avis, conselh et assens deus honorables senhors mager et juratz de la vila de Bordeu, de moss .  Florimont , senhor de Lesparra, moss. Archambaut de Greyli, captau de Buch, lo senhor de Duras ( …) per los locs de Fronsac, de Liborna, de Sent-Melion et per los capitaines d’Alamans (…) de Diulibol (…) et per totz lurs locs, vilas, fortz et pays que are en present tenen o per lo temps deu present paci tendran fora deu pays a present apaciat, avem dat et autreyat, donam et autreyam per la tenor de las presentz bon et leyau paci et seguranssa de guerra au noble et tres honorable senhor moss. Arnaud Amaniu, senhor de Labrit, et a mossen Berard de Labrit, senhor de Santa-Baselha, son frayre, et a totz lors companhons et aliatz, au senhor de Budos, moss. Ramon de Labrit, senhor de Talhacavat, moss. Amaniu Ferran (…) et  a totz sous autres companhons, aliatz et familiars de son hostau e a totz lors locs, vilas, fortz et plat pais deus medis senhor de Labrit et de son deit frayre et deusditz sous companhons et aliatz,(…) e a totas las gens habitantz et habitantas en aquetz, sian gens de santa Gleysa, gentilz, borgues, marchans, gens d’armes, pilhardz, laboradors et autres de quauque estat o condicion que sian et a totz autres estrangeys sobreviventz en auqetz, tant cum y repauseran sens venir far guerra a las gens et pays de la part et obediensa deu Rey, nostre dit senhor ( …), per ayssi que puscan anar, venir, passar, repassar, estar, sejornar, residenssa far, retornar armatz o desarmatz, mercadeyar, laborar, coytivar, pescar et lors besonhas far et delivrar per mar et per terra, a pe o a cavat, de nuitz et de jorns, saubament et segurament, so es asssaber per totz los locs, vilas et pays de la part et hobedensia deu rey d’Anglaterra (…) »

Le sénéchal d’Aquitaine pour le roi d’Angleterre et après avis du maire et des jurats de la ville de Bordeaux, du seigneur de Lesparre, du captal de Buch, du seigneur de Duras, du seigneur de Rauzan et de Pujols (…)donne et octroie une trève à Arnaud-Amanieu, Sire d’Albret,  au seigneur de Sainte-Bazeille et à tous ses compagnons et alliés notamment au seigneur de Taillecavat et à tous les lieux, villes, forts dépendant du seigneur d’Albret et tous les gens qui y vivent - étrangers ou non - quelle que soit leur condition, hommes d’Eglise, gentils, bourgeois, marchands, gens d’armes, pillards, paysans, tant qu’ils ne viendront pas faire la guerre à ceux qui sont placés sous l’autorité du roi d’Angleterre. Ils seront libres d’aller et venir, de passer, et repasser, de résider, de séjourner, de s’en aller armés ou désarmés, de marchander, de travailler, de cultiver, de pécher et de faire tout ce qu’ils ont à faire à pied ou à cheval, de jour comme de nuit en tous lieux, villes et pays placés sous l’obéissance du roi d’Angleterre.

Cette trêve est octroyée pour 3 ans :  « loquoau volem que dura et aya valor de la data de las presens entro a la fin de tres ans complitz »

Suit la liste des localités qui tiennent le parti du sire d’Albret, donc du roi de France, et l’on s’aperçoit que Dieulivol se trouve presque isolé au beau milieu des seigneurs et des villes qui s’opposent au parti  anglais : « Ensegueu se tant en generau quan en speciau los locs, vilas, fortz et pays deudit senhor de Labrit et deudit son frayre, et de totz sous companhons et servidors, et de sous autres aliatz  (…)  Gironda, lo molin de Baguatz, Santa-Baselha, Landarron, Castet-Mauron, Livinhac (…) Talhacavat (…) Basatz ab la prebostat de Basades, (…) , La Reula ab la castelania et prebostat, Mont-Segur, Saubaterra, Senta-Fe-la-Gran, Marmanda (…) »[9]

Pour lire l'intégralité du texte de la trêve de 1383, cliquez ici puis allez p. 278 et s.

En 1399  le roi de France Charles VI soutenu par les Armagnac et les Albret, crut le moment venu de profiter des embarras en Angleterre, du nouveau roi Henry IV pour parachever la conquête de la Guyenne. Les Bordelais repoussèrent une offensive du duc d’Orléans appuyée par une flotte sur la Gironde (1406) et une nouvelle cessation des hostilités intervient en 1407. « On donnait à ces trêves locales le nom de patis ou de souffrances de guerre, écrit Ribadieu. Elles étaient faites pour ménager aux deux partis la libre circulation sur le territoire ennemi et donner la sécurité aux transactions commerciales ; mais les trêves mal observées de part et d’autre, étaient l’objet d’infractions qui menaçaient tous les jours l’existence d’une paix déjà très peu solide. »

Dans les premières années du XVe siècle l’abbé de Saint-Ferme, seigneur de Dieulivol, soutient la cause des Albret et de la France. Le seigneur de Duras, Galhard III de Durfort avait été nommé dès 1399 sénéchal de Guyenne par le roi d’Angleterre Henri IV qui dérogeait ainsi à la tradition qui voulait que le sénéchal soit un Anglais.  Il  accorde en 1407 une nouvelle trêve aux seigneurs du Bordelais et du Bazadais qui tiennent le parti du seigneur d’Albret (acte daté du 22 avril 1407)[10]

Le seigneur de Duras et de Blanquefort, sénéchal de Guyenne, de l’avis du conseil de Gascogne, pour lui, la ville de Bordeaux, les seigneurs de Montferrand, de Castéja d’Uza et leurs adhérents, les villes de Libourne, Saint-Emilion, Bourg, Blaye et leurs dépendances, les châteaux de Fronsac, Latrau, Roquetaillade, Villandraut, Pommiers, Fauguerolles, Rauzan, Pujols et Blasimon, etc ., donne et octroie une trêve et suspension de guerre aux terres et adhérents de la très noble dame d’Albret, de son fils, et du seigneur de Sainte-Bazeille.

L’acte rédigé en gascon désigne individuellement les seigneurs et les localités. Les deux parties s’engagent à ne donner ni aide ni secours à ceux qui ne sont pas compris dans cette trêve, du jour de leur octroi (22 avril) jusqu’au dernier jour de mai inclus (40 jours). On constate que depuis la trêve de 1383 la situation a changé ainsi Dieulivol et l’abbé de Saint-Ferme [11]  tiennent désormais le parti de la France et du sire d’Albret tout comme Bazas et la prévôté de Bazas, Saint-Macaire, La Réole, Monségur, Sauveterre…

« En seguen se las gens, bilas et castetz, locxs, parropias et fortalessas, pays obertz et campestres, que son de la dita dama de Labrit, et deudeyt senhor de Labrit son filh, et deudeyt senhor de Sancta-Baselha, autres adherens, companhons et alliatz de ladeita dama et deudeit son filh, desquaus en generau dessus es feyta mention, losquaus nos senescaut sus deyt, entendem encludir en lo present pati et suffrensa.

Prumeyrament la ciutat de Basatz et tota la prebostat de Basades. La bila de Sent-Maquari. La bila de La Reula. La bila de Montsegur. La bila de Saubaterra (…) Sent-Ferme. Diulibol (…) Los adherens companhons et servidors son aquestes que s’en seguen : prumeyrament Berard de Labrit, Ramon et Gualhard de Labrit sous frays (…) L’abat de Sent-Ferme (…) Lo senhor de Talhacavat am sous filhs (…) Lo Puch de Sent-Freme ab tot son poder (…) »

Pour lire l'intégralité du texte de la trêve intervenue en 1407, cliquez ici puis allez p. 216 et s.

Conquête de la Guyenne par les Français

Durant les années 1414-1415, Galhard III de Durfort, seigneur de Duras et sénéchal de Guyenne eut encore à défendre le pays. Henri V d’Angleterre avait débarqué en Normandie pour y livrer la bataille d’Azincourt, les Français passèrent alors à l’offensive en Guyenne. Le duc de Berry s’empara de La Réole (1414), Sauveterre et Langon  furent menacés. Reprise par les Anglais, La Réole fut de nouveau assiégée en 1417 par Jean d’Armagnac, capitaine général du roi de France.

La Réole, Saint-Macaire et Bazas tombées aux mains des Français, la situation devenait préoccupante. En effet, « ces places qui étaient pour Bordeaux, à l’époque où elles appartenaient à la couronne d’Angleterre, autant de postes avancés derrière lesquels s’abritaient la capitale, étaient devenues par le changement de domination, des villes ennemies dont les Gascons surveillaient avec inquiétude les moindres démarches. »

Après le traité de Troyes[12] des milices qui partaient de Bordeaux reprirent  une grande partie de l’Entre-deux-Mers et du Bazadais manifestant leur fidélité à l’Angleterre. En 1420 Saint-Macaire et La Réole furent repris aux Français, ce fut le cas de Bazas l’année suivante.

Duras toujours fidèle à l’Angleterre dut soutenir un nouveau siège en 1424, la ville  eut à subir les assauts du sénéchal de Périgord Arnaud de Bourdeille au mois de mai. Elle se rendit après 5 jours de siège et une rude bataille.

De 1429 à 1435 le pays fut livré à des bandes de pillards. Des « routiers » avec à leur tête de redoutables chefs de bandes écumaient la région aussi bien pour le compte des Français que pour celui des Anglais. Le Castillan Rodrigue de Villandrando fut l’un de ces brigands au service du roi de France. Les Gascons aussi avaient leurs propres routiers. Le chef le plus célèbre d’entre eux fut un certain André de Ribes qui sévit dans la région entre 1424 et 1435. Lui et ses hommes prirent aux Français Sainte-Foy, Marmande, Sauveterre, Monségur et Castelmoron.  Nul doute que ces bandes firent des incursions à Dieulivol se livrant au pillage et au saccage.

La délivrance d’Orléans et le sacre du roi de France Charles VII à Reims n’eurent aucune résonance en Guyenne.

En 1431, les Français toujours aussi décidés d'en finir avec la domination anglaise envoyèrent le comte d'Armagnac à Duras afin que celui-ci "réduise" la ville.

En 1438 l’armée du lieutenant général Charles d’Albret suivie par les hommes de Villandrando fonça sur Bordeaux et pilla le Médoc, mais échoua contre l’enceinte de la ville. Bordeaux fut investi à nouveau mais ses murs, son artillerie et la lassitude des assiégeants la sauvèrent (1442-1443).

En 1442 les Français envahirent à nouveau l’Agenais et se rapprochèrent dangereusement de Bordeaux. Marmande, Sainte-Bazeille, Langon furent prises par assaut ou capitulation. Le 3 octobre l’armée française arriva devant La Réole. Le 10, la ville, après avoir repoussé plusieurs assauts fut obligée de capituler.[13]

« Le château seul – écrit Ribadieu – qui devait à ses quatre grosses tours le nom de château des Quatre-Sos refusa d’ouvrir ses portes à Charles VII. D’un autre côté, Bergerac et Sainte-Foy étaient serrés de près par l’ennemi ; Saint-Macaire, Cadillac, Rions allaient aussi être attaqués ; les Français avaient pénétré jusque dans l’Entre-deux-Mers (…)  Une moitié de la Guyenne était au pouvoir de Charles VII

Le 10 novembre les Anglo-Gascons sous la conduite de Robert Ross et Edouard Hull réussirent à reprendre Langon aux Français. Ces derniers essayaient toujours de prendre le château de La Réole. « Le roi Charles VII, établi dans la ville, dirigea lui-même les opérations du siège. On y employa les plus formidables engins de l’armée ; pendant un mois et demi l’artillerie fut occupée à battre en brèche jour et nuit les grosses murailles de la forteresse ( …) Une de ces pièces, la plus forte fatiguée sans doute par ce tir continuel, se brisa ; on la remplaça par deux bombardes qui lançaient des boulets de cinq cents et de sept cents livres. »

Le 7 décembre le château des Quatre-Sos capitula, Monségur se rendit le même jour. Un samedi du mois de décembre une main inconnue mit le feu au logis du roi de France à La Réole. Ce dernier manqua périr dans les flammes. Le roi de France renonça à une expédition que l’hiver, l’hostilité des habitants et l’arrivée prochaine de troupes anglaise rendaient plus que périlleuse. Il s’en retourna en France laissant Olivier de Coëtivy en garnison dans La Réole.

En 1445 dans un acte passé  par l’abbé de Saint-Ferme, seigneur de Dieulivol,  il est fait mention du règne de Charles, roi de France.[14] La domination française semble être irrémédiable et le temps de la Guyenne anglaise semble désormais compté.

Durant l’année1450 la guerre était partout. Les Français s’approchaient inexorablement de Bordeaux. Le 1er novembre 1450 les Anglo-Gascons tentèrent une attaque contre les Français qui se révéla désastreuse et leur valu de très lourdes pertes. Cette défaite connue comme la « male journade », la mauvaise journée en gascon, était annonciatrice de la capitulation à venir.

En 1451 de nouvelles armées s’emparèrent de Bayonne, Blaye, Bourg, Libourne. L’étau se  refermait. Privé du secours des Anglais Bordeaux dut capituler (12 juin 1451) : les troupes de Dunois, de Xaintrailles et de Jean Bureau entrèrent  dans la ville (30 juin). Les Bordelais qui regrettaient leur union avec la couronne d’Angleterre, plus favorable à leur esprit d’indépendance et à leurs intérêts économiques, rappelèrent bientôt les Anglais. Un corps expéditionnaire conduit par Talbot rentra triomphalement dans Bordeaux révolté (23 octobre 1453) et reconquit certaines de ses places avancées. Cependant c’est en voulant se porter au-devant des troupes françaises qui s’avançaient par la vallée de la Dordogne que le vieux général anglais Talbot fut défait et tué à Castillon (17 juillet 1453). Ce fut la débâcle vers Bordeaux pour l'armée anglaise. Malgré une résistance acharnée de Cadillac et de Blanquefort où Galhard IV de Durfort, seigneur de Duras combatit jusqu'au bout, Bordeaux capitula le 9 septembre 1453. Les vingt chefs de la résistance, dont le seigneur de Duras, eurent la vie sauve mais furent condamnés au bannissement perpétuel du royaume de France…

En 1453 le pays est exsangue. Les chroniqueurs bordelais disent qu' « en Guyenne des villages entiers ont disparu. La terre est tournée en ruyne et en non valoir. Elle a perdu quinze fois de sa valeur entre 1325 et 1450. Aigles, loups, renards pullulent et rodent autour des rares villages.»


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[1] Ribadieu, Henry. Les campagnes du comte Derby en Guyenne. Paris, 1865

[2] Ribadieu, Henry. Histoire de la conquête de la Guyenne par les Français, de ses antécédents et de ses suites. Bordeaux, 1866. Réédition chez Princi Negre editor (1990) avec une préface de Christian Coulon

[3] Fouage : redevance qui se payait par foyer

[4] Gauban, Octave. Histoire de La Réole. La Réole, 1873

[5] Froissart, Jean. Oeuvres de Froissart. Chroniques. Tome huitième, 1370-1377, depuis le retour de Bertrand Du Guesclin en France, jusqu’à la mort d’Edouard III. Publ. avec les variantes des différents manuscrits par M. le baron Kervyn de Lettenhove, 1867-1877. Voir le chapitre intitulé : Conquêtes du duc d’Anjou p. 326.

Voir aussi Froissart, Jean. Oeuvres de Froissart. Chroniques. Tome vingt-quatrième. Table analytique des noms géographiques, A-K. publ. avec les variantes des différents manuscrits par M. le baron Kervyn de Lettenhove, 1867.  p. 269

[6] Peña, Nicole de. Documents sur la maison de Durfort. Bordeaux, 1977. Volume I  p. XXXVII

[7] Archives historiques du département de la Gironde, III, 1861-1862, p. 278. N° CXXXII

[8] Barnabé, Patrice. Les seigneurs furent-ils fidèles au roi-duc ? In L’Aquitaine ducale, Histoire médiévale hors série n° 7, août-octobre 2004

[9] Il s’agit de Gironde, le moulin de Bagas, Sainte-Bazeille, Landerron, Castelmorron, Lévignac, Taillecavat, Bazas et la prévôté du Bazadais, La Réole et la châtellenie et prévôté, Monségur, Sauveterre, Sainte-Foy, Marmande (…)

[10] Archives historiques du département de la Gironde. VI. 1864. N° LXXXVII p. 216

 
[11] Lamartinie écrit que Pierre, prieur claustral, fut nommé abbé de Saint-Ferme par le pape en 1404. Sa nomination fut notifiée à Charles VI roi de France. (Lamartinie, E.M.   Une abbaye bénédictine : Saint-Ferme en Bazadais. Bergerac, 1934 )

[12] Traité de Troyes : signé en mai 1420 il reconnaissait Henri V d’Angleterre comme héritier du roi de France, Charles VI, devenu fou. Mais le 9 juillet 1429 quand Jeanne d’Arc et Charles VII se présentèrent aux portes de la ville, celles-ci leur furent aussitôt ouvertes

 
[13] Nicolas. Nicholas Harris. A journal by one of the suite of Thomas Beckington afterwards bishop of Bath and Wells, during an embassy to negociate a marriage between Henry VI and a daughter of the count of Armagnac (1442)  London, 1828. Traduit en français en 1842 par Pierre-Gustave Brunet. Journal du voyage d’un ambassadeur anglais à Bordeaux en 1442

[14] Bail à fief par l’abbé de Saint-Ferme. Archives historiques du département de la Gironde. T XXVII p. 203